Jeudi 14 octobre 2010 4 14 /10 /Oct /2010 15:21

 

Un aspect positif du chômage (à part pouvoir s’habiller en 30 secondes chrono, en enfilant le premier jean qui tombe sous la main), c’est l’introspection. Oui, je sais, dit comme ça, ça a juste l’air affreux,  type « j’essaye de prendre mon mal en patience et de trouver une justification à ce karma pourri qui fait que je n’ai toujours pas trouvé de job ». Mais en fait non, je ne rigole pas. Parce que le chômage, c’est aussi plein de temps pour réfléchir à ce qu’on veut faire, et à ce qu’on ne veut pas faire. Vulgairement, du temps pour se regarder le nombril, mais constructivement (ce mot n’existe pas, je sens que je vais rapidement perdre mon brevet de santé rédactionnelle, oui, le fameux BSR). Par exemple moi, j’ai jamais su trop quoi faire dans la vie (à part la raconter sur un blog), donc j’ai choisi de faire des études très générales (on appelle aussi ça sciences-pipeau, ce qui est assez éclairant finalement), pour connaître plein de choses et pouvoir parler de bouquins que personne n’a lu en prenant un air pénétré. C’est comme ça qu’au bout de cinq longues années d’études, on ne sait toujours pas ce qu’on veut faire (ou plutôt on sait, mais je n’ai pas trouvé de master 2 chanteuse de cabaret, dommage, je pense que j’aurais eu l’examen haut la main), et nos parents sont catastrophés de voir que l’on n’est pas vraiment capable de mettre un nom sur un éventuel métier qu’on pourrait exercer. Je pense que c’était plus rassurant pour eux, quand on avait 8 ans, et qu’on voulait être pâtissier-magicien ou vétérinaire-danseuse ou archéologue-champion de trampoline. Des choix de carrière judicieux si on y pense bien. En tout cas la combinaison pâtissier-magicien, que je trouve assez pertinente, car elle permet de ramasser un max de blé dans les goûters d’enfant. Et aussi d’avoir la créativité nécessaire pour faire des gâteaux comme ça ou comme ça. Vétérinaire-danseuse, c’est déjà plus hasardeux, car il n’est pas évident de concilier un entraînement intensif pour devenir petit-rat, et l’école vétérinaire. Et vous avez déjà essayé de danser en blouse ? Aujourd’hui, les enfants veulent devenir Dora l’exploratrice, dealeuse-chercheuse de trésor-amie des animaux, une audacieuse carrière qui ne s’offrira hélas qu’aux meilleurs d’entre eux.

Mais entre ces rêves d’enfant, et les métiers qu’on exerce aujourd’hui (qui sont plus des jobs que des métiers) il y a beaucoup de décalage. A part pour les trois chanceux qui sont parvenus à devenir journaliste « comme Tintin » (mais aucun d’entre eux n’a trouvé les 7 boules de cristal), nous avons tous fini par choisir des emplois aussi abscons que chargé de mission (qui sait vraiment ce qu’est un chargé de mission ?), des jobs que nous ne savons pas expliquer à nos parents, et qu’on ne peut pas décrire, à part en signalant qu’on passe un certain temps derrière son ordinateur chaque jour. Entre le pâtissier-magicien d’hier et le chargé de mission d’aujourd’hui, pas mal de mauvais choix (je vais en première S parce que Manon y est, comme ça on pourra continuer à s’asseoir l’une à côté de l’autre et bavarder), de renoncements (je redouble parce que j’ai 3 de moyenne en maths en première S), et de rencontres avec des conseillères d’orientation incompétentes. C’est comme ça que bardé d’un diplôme ronflant, on devient chargé de mission (même si on cherche toujours la mission, Tom Cruise au moins en a une, même si elle est impossible), en se demandant de temps à autre pourquoi on finit par atterrir dans ce bureau, alors qu’on voulait être pâtissier-magicien. Et quand vient la question tant redoutée « Et sinon, ça consiste en quoi ton job ? », alors on bredouille des trucs à base de projets européens, de coordination transfrontalière, d’Interreg IV, sans pouvoir trop expliquer l’utilité de ce qu’on fait et on donne l’impression d’exercer un job inintéressant et inutile, bref d’être une verrue sur le corps de la société. Au mieux, on s’en sort en se disant que 90% de nos connaissances exercent ce genre d’emploi inutile à la société, au pire, on se dit qu’on n’arrivera jamais à faire quelque chose de bien dans sa vie, on pète un plomb, on se tire en Inde, on rencontre Javier Bardem (plus probable, un autre touriste occidental qui a lui aussi pété un plomb et décidé d’ouvrir une léproserie-coffe shop dans le Cachemire), et on écrit Mange Prie Aime (et on se réincarne sur grand écran en Julia Roberts, ce qui est assez cool). Je vous l’accorde, ça n’est pas bien réjouissant. Finalement, l’introspection, ça n’est pas si chouette que ça. Je vais retourner m’entraîner à faire des tours de magie en faisant des gâteaux, ce sera toujours ça de pris, si je décide de VRAIMENT devenir pâtissière-magicienne, peut-être qu’il y a des débouchés en fin de compte.

Après ces considérations déprimantes, un peu de feel good music. Lui, quand il était petit, il voulait sûrement devenir Elton John, sans les perruques et les lunettes de soleil (ce qui est dommage, mais n’enlève rien à la musique)

 

Par Mamzelle C - Publié dans : Octobre 2010
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Vendredi 8 octobre 2010 5 08 /10 /Oct /2010 19:40

 

Le lancement de la nouvelle fonction « Facebook groups », marque-t-il la fin de l’auto-censure sur facebook ?  Pour ceux qui ont raté un épisode, ou bien qui ont autre chose à faire, ce que je comprends bien, que de suivre toutes les annonces médiatiques de Mark Zuckerberg, FB nous propose une nouvelle fonctionnalité nous permettant de créer un mini-facebook dans le grand facebook, uniquement destiné à un groupe de personnes sélectionnées (un peu comme si on était les gérants d’un club supra sélect et qu’on avait un physio à domicile). Si vous n’avez rien compris, parce que je ne suis pas très pédagogue, il y a une vidéo très bien faite .

Comme la plupart des gens, je suppose, sur ma centaine d’amis Facebook, je ne parle réellement qu’à environ 10%. Et j’ai des interactions ponctuelles avec environ encore une autre vingtaine d’amis, qui sont pour la plupart des gens que j’ai bien connu, mais avec qui nos relations se sont distendues au point de disparaître, jusqu’au jour où nous nous sommes « retrouvés » sur Facebook. Il nous arrive de faire des petites private jokes, référence à des temps où nous nous fréquentions assidument, mais finalement, nos relations s’arrêtent là. Et le reste de mes contacts ? Des gens rencontrés en soirée, des amis d’amis, des camarades de promo, des collègues. Donc différents niveaux d’intimité et de relations. Comme tout un chacun. Seulement dans la vraie vie, seul le cercle restreint de vos amis connaît votre sombre penchant pour l’humour le plus noir, votre passion pour les téléfilms de M6 et les comédies romantiques, votre intégrisme musical à toute épreuve (même si l’écoute de cette vieille Beyonce parvient à faire fondre la carapace), et votre tendance extrême à la futilité. Aux débuts de Facebook, nous croyons être libres de poster les liens les plus sombrement crétins, parce que destinés à nos plus proches amis. D’ailleurs, on se foutait d’être retrouvés, parce qu’on était étudiant, et qu’on ne se doutait pas que Facebook allait prendre cette place dans notre vie. La première fois que je me suis inscrite sur Facebook, j’ai trouvé ça vraiment nul et j’ai désactivé mon profil au bout de 3 mois. Je rentrais d’une année en Erasmus, et on m’avait vendu Facebook comme le fabuleux moyen de rester en contact avec toutes les personnes rencontrées là-bas. Au bout de quelques temps, lassée de recevoir des mails d’un site sur lequel je n’allais jamais (parce qu’une fois rentrée en France, je me suis rendue compte que beaucoup de ces relations n’étaient que circonstancielles), j’ai supprimé mon compte. C’était en 2007. J’étais une avant-gardiste et je ne le savais pas. Et j’y suis revenue, sous une amicale pression à base de « reviens, tout le monde est là maintenant ». Exactement comme si on me suppliait de venir à une fête, car moi seule sais mettre une ambiance du tonnerre (déjà, en employant cette expression, je crée un doute sur ma crédibilité d’ambianceuse de soirée)

Pour découvrir d’un seul coup que TOUT le monde était dessus. Même les looseurs du collège, ceux à qui on croyait avoir échappé en partant pour le lycée, même ceux qui nous avaient maltraités à l’école et à qui on aimerait beaucoup montrer comme on est devenu grande-blonde-mince-avec-des gros seins-et-un mini bikini (zut, je n’ai que les gros seins). Même ma mère (pardon maman, c’est pour les besoins de la démonstration). Facebook n’était plus ce club exclusif qu’il était au début, maintenant qu’on vient nous réclamer toutes les 5 minutes des briques et autres meules de foin pour jouer à Farmville, mais non je ne veux pas jouer à être un fermier virtuel ni devenir un parrain de la mafia. Je veux tranquillement pouvoir partager mes sales blagues avec mes copains, pester contre le pôle emploi et me lamenter en paix, sans que quelqu’un ne vienne prendre au pied de la lettre tout ce que je dis (et surtout pas ma mère). Alors, je m’auto-censure. Souvent. Je pense, oh mon dieu ce tumblr Bonjour Lancar est si drôle, j’ai envie de le partager, oui mais non, je ne peux pas, j’offenserai certaines personnes qui pourraient mal le prendre, ou encore, qu’est-ce qu’elle vient encore me saoûler celle-là avec ses pages « Pour ke Facebook reste tjs gratui » mais quand est-ce qu’elle va comprendre que c’est un hoax ? Et parce que je suis sur Facebook car j’ai envie de crier mes pensées philosophiques au monde, je meurs évidemment d’envie d’écrire tout ça sur mon wall, mais je m’auto-censure. Parce que je n’ai rien d’un esprit rebelle, et (aussi) parce que je lis trop d’histoire de personnes virées à cause de Facebook, et parce que finalement, cela reste le moyen de communiquer avec ces 10 ou 15 personnes dont je suis vraiment proche, et qui parfois, sont assez éloignées physiquement.

Toute cette longue digression pour dire qu’avec Facebook groups donc, nous allons peut-être retrouver le plaisir de balancer les liens les plus sombrement crétins à nos 10 amis les plus proches qui sauront partager l’immense plaisir qu’il y a à voir un chat en pull-over ou un dalek customisé en Hello Kitty, là où les 90 autres ne verront de moi qu’une idiote superficielle, là où autrefois ils voyaient quelqu’un d’intelligent et de sensé, image savamment travaillée, qu’il serait inutile de détruire par une simple vidéo d’enfant explosant. Facebook groups va-t-il nous permettre de retrouver notre paradoxal jardin secret sur le web, notre exclusive coterie ? Si c’est le cas, je m’en vais vite créer un groupe. Ce ne sera pas le geste le plus contradictoire de la part de quelqu’un qui publie son journal intime sur un blog, non ? 

Par Mamzelle C - Publié dans : Octobre 2010
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