Connaissez-vous cette blague : qu'est-ce qui est long et dur pour une blonde ? Réponse : le collège. Et je serais tentée d'ajouter qu'il n'y a pas que pour les blondes.
En sortant hier après-midi de la projection du film, très fin et très drôle au demeurant, de Riad Sattouf, Les Beaux Gosses, je n'ai pas pu m'empêcher de penser que cette période, qui m'avait semblé si longue et difficile, ne représentait jamais que quatre toutes petites années de ma vie. Tout le monde a son traumatisme fondateur. Moi, ça a du être le 14e râteau qui m' a été infligé par un mec (qui plus est moche), en classe de quatrième. Vous vous rappelez de cette fille qui n'est pas invitée aux « boums » (organisées l'après-midi, de 14 heures à 18 heures, dans un garage reconverti en dancefloor pour l'occasion, dont les vitres avaient été obscurcies avec du papier kraft), qui n'a pas l'immense bonheur de posséder dans sa garde-robe un pull à capuche Schott et une paire de kickers, et qui cumule appareil dentaire, corset orthopédique, acné et lunettes ? Pour cette fille-là, le collège c'est long, vraiment très long. Et pour les autres, ben ça l'est tout autant, car à l'échelle du collège, le temps semble s'étirer en longueur : combien d'entre nous on effectués des manoeuvres de séduction maladroite autour de l'objet de leurs sentiments, avant de poser la question fatidique : Tu veux sortir avec moi ? (coche oui ou non, serait-on tenté d'ajouter). Comme nous étions patauds au moment d'embrasser celui ou celle dont on avait croisé le regard en cours de maths, en plein milieu d'un exercice de géométrie insipide (personnellement, c'est probablement la présence d'un garçon en cours qui a du me faire perdre le fil en maths, ce qui s'est soldé par un brillant 4/20 en maths au bac). Et venait le moment du premier baiser, dont la technique demeurait assez abstraite (mais dans quel sens faut-il tourner la langue, et combien de fois ?). Surtout, je me rappelle de ce puritanisme incroyable dont nous faisions preuve à l'époque ! La moindre caresse sur la poitrine semblait-alors une attaque perverse de notre féminité. D'ailleurs, le moment le plus érotique que j'ai connu à ce moment-là a du être un slow langoureux dansé avec un garçon pendant une boum en classe de neige. Le fait que le garçon en question ait eu une érection m'avait semblé atrocement répugnant à l'époque.
Alors comparé à ces quatre longues années, qui m'ont semblé un long tunnel d'ennui, mon absence de perspectives professionnelles, ajoutées à ma vie sociale morne et à ma vie sexuelle réduite à néant, en bref, ce qui fait ma vie aujourd'hui, me procurent un plaisir infini. Etrange ? Et pourtant, l'acné juvénile (je dis bien juvénile, parce qu'il n'a rien à voir avec l'acné de l'adulte, qu'on se le tienne pour dit), des héros de Riad Sattouf a gonflé mon coeur d'une bulle d'optimisme. Pourquoi ? Tout simplement parce qu'aujourd'hui je maîtrise la technique du roulage de palots (et même si ça fait longtemps, c'est comme le vélo, ça s'oublie pas), que j'ai cessé s'être puritaine à bien des égards (et qu'aujourd'hui j'aimerais beaucoup danser un slow collé-serré), que je m'habille comme je l'ai choisi (et que quand je mets des collants rouges, c'est parce que c'est fashion, et pas parce que ma mère trouve ça mignon), parce que je suis beaucoup plus jolie qu'à l'époque, que j'ai cessé de faire des circonvolutions inutiles autour de l'objet de mes désirs (même si c'est pas beaucoup plus efficace, je l'admets), que je ne porte plus de lunettes, que je sais enfin assortir les couleurs, que j'ai accepté ma paire de seins, que j'ai longtemps caché sous des pulls informes, que je peux sortir le soir, et même tous les soirs si ça me chante, que j'ai le droit de boire de l'alcool (même souvent un peu trop), et que le sexe n'est plus un gros mot, mais une pratique qui fut (hélas, dans un passé plus ou moins proche) une pratique quotidienne et non un fantasme lointain.
Alors, oui, la vie n'est pas tous les jours simple, mais au moins j'ai quitté l'âge ingrat pour entrer dans la vraie vie. Et que si être adulte n'est pas facile tous les jours, c'est beaucoup moins ennuyeux que d'être une ado coincée et empotée.
Quant à l'acné, disons juste que c'est un souvenir de l'âge ingrat.