Vendredi 12 juin 2009 5 12 /06 /Juin /2009 11:44

Connaissez-vous cette blague : qu'est-ce qui est long et dur pour une blonde ? Réponse : le collège. Et je serais tentée d'ajouter qu'il n'y a pas que pour les blondes.

En sortant hier après-midi de la projection du film, très fin et très drôle au demeurant, de Riad Sattouf, Les Beaux Gosses, je n'ai pas pu m'empêcher de penser que cette période, qui m'avait semblé si longue et difficile, ne représentait jamais que quatre toutes petites années de ma vie. Tout le monde a son traumatisme fondateur. Moi, ça a du être le 14e râteau qui m' a été infligé par un mec (qui plus est moche), en classe de quatrième. Vous vous rappelez de cette fille qui n'est pas invitée aux « boums » (organisées l'après-midi, de 14 heures à 18 heures, dans un garage reconverti en dancefloor pour l'occasion, dont les vitres avaient été obscurcies avec du papier kraft), qui n'a pas l'immense bonheur de posséder dans sa garde-robe un pull à capuche Schott et une paire de kickers, et qui cumule appareil dentaire, corset orthopédique, acné et lunettes ? Pour cette fille-là, le collège c'est long, vraiment très long. Et pour les autres, ben ça l'est tout autant, car à l'échelle du collège, le temps semble s'étirer en longueur : combien d'entre nous on effectués des manoeuvres de séduction maladroite autour de l'objet de leurs sentiments, avant de poser la question fatidique : Tu veux sortir avec moi ? (coche oui ou non, serait-on tenté d'ajouter). Comme nous étions patauds au moment d'embrasser celui ou celle dont on avait croisé le regard en cours de maths, en plein milieu d'un exercice de géométrie insipide (personnellement, c'est probablement la présence d'un garçon en cours qui a du me faire perdre le fil en maths, ce qui s'est soldé par un brillant 4/20 en maths au bac). Et venait le moment du premier baiser, dont la technique demeurait assez abstraite (mais dans quel sens faut-il tourner la langue, et combien de fois ?). Surtout, je me rappelle de ce puritanisme incroyable dont nous faisions preuve à l'époque ! La moindre caresse sur la poitrine semblait-alors une attaque perverse de notre féminité. D'ailleurs, le moment le plus érotique que j'ai connu à ce moment-là a du être un slow langoureux dansé avec un garçon pendant une boum en classe de neige. Le fait que le garçon en question ait eu une érection m'avait semblé atrocement répugnant à l'époque.

Alors comparé à ces quatre longues années, qui m'ont semblé un long tunnel d'ennui, mon absence de perspectives professionnelles, ajoutées à ma vie sociale morne et à ma vie sexuelle réduite à néant, en bref, ce qui fait ma vie aujourd'hui, me procurent un plaisir infini. Etrange ? Et pourtant, l'acné juvénile (je dis bien juvénile, parce qu'il n'a rien à voir avec l'acné de l'adulte, qu'on se le tienne pour dit), des héros de Riad Sattouf a gonflé mon coeur d'une bulle d'optimisme. Pourquoi ? Tout simplement parce qu'aujourd'hui je maîtrise la technique du roulage de palots (et même si ça fait longtemps, c'est comme le vélo, ça s'oublie pas), que j'ai cessé s'être puritaine à bien des égards (et qu'aujourd'hui j'aimerais beaucoup danser un slow collé-serré), que je m'habille comme je l'ai choisi (et que quand je mets des collants rouges, c'est parce que c'est fashion, et pas parce que ma mère trouve ça mignon), parce que je suis beaucoup plus jolie qu'à l'époque, que j'ai cessé de faire des circonvolutions inutiles autour de l'objet de mes désirs (même si c'est pas beaucoup plus efficace, je l'admets), que je ne porte plus de lunettes, que je sais enfin assortir les couleurs, que j'ai accepté ma paire de seins, que j'ai longtemps caché sous des pulls informes, que je peux sortir le soir, et même tous les soirs si ça me chante, que j'ai le droit de boire de l'alcool (même souvent un peu trop), et que le sexe n'est plus un gros mot, mais une pratique qui fut (hélas, dans un passé plus ou moins proche) une pratique quotidienne et non un fantasme lointain.

Alors, oui, la vie n'est pas tous les jours simple, mais au moins j'ai quitté l'âge ingrat pour entrer dans la vraie vie. Et que si être adulte n'est pas facile tous les jours, c'est beaucoup moins ennuyeux que d'être une ado coincée et empotée.

Quant à l'acné, disons juste que c'est un souvenir de l'âge ingrat.  
 


 

Par Mamzelle C - Publié dans : Juin 2009
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Mercredi 10 juin 2009 3 10 /06 /Juin /2009 23:58

Connaissez-vous d'odeur plus anxyolitique que celle d'un vêtement neuf ? Moi non. J'ai toujours adoré cette odeur un peu particulière (qui doit être celle d'un genre d'anti-mite ajoutée aux vêtements à leur sortie d'usine) qu'ont les vêtements la première fois qu'on les met. A cette odeur est associée tous les souhaits qu'en secret je formule autour de ma nouvelle acquisition : ainsi ce quatrième cardigan gris (qui vient s'ajouter aux deux noirs, deux blancs et un bleu que compte déjà ma garde-robe) doit devenir le pivot de ma garde-robe, le fétiche que je vais traîner partout, jusqu'à ce qu'il soit totalement informe et élimé. C'est l'attrait de la nouveauté qui pare ce vêtement neuf d'un millier de vertus (me rendre plus belle, plus mince, plus élégante, me donner un air « professionnel »...)

J'ai formulé tout bas ces souhaits ce matin, après avoir tourné près de quarante-cinq minutes dans une zone industrielle grise et inhospitalière, sous la pluie fine et serrée, quand, une fois que j'ai eu enfin trouvé le dépôt UPS, j'ai déchiré frénétiquement le paquet qui contenait le subliiiime cardigan American Apparel commandé la semaine précédente sur Internet. Le nez plongé dans le fibres de coton « made in L.A. » de ce cardigan gris anthracite à double rangée de boutons noirs, j'ai respiré à pleins poumons l'odeur de neuf qui m'a fait oublier que ce matin, j'ai dû me lever une heure plus tôt pour me mettre en quête de ce dépôt perdu au nord de Reims. Et voilà que je vais être en retard à mon rendez-vous hebdomadaire avec mon boss, tout ça pour un cardigan !

      J'ai fait du futile une religion, pour échapper aux coups de fil angoissés de ma banquière qui hurle dans le téléphone « Puis-je savoir quel est ce virement de 54 euros à destination de Düsseldorf ?

-ah ça ? Un cardigan American Apparel pourquoi ?"

Mais comment expliquer à cette pauvre femme qui est si rationnelle, et qui calme probablement ses angoisses en buvant du thé vert et en respirant profondément, que mon entrée sur le marché du travail me fait si peur que j'éprouve l'irrépressible besoin d'acheter des vêtements neufs uniquement pour sentir leur odeur particulière ? Et qu'en tant de crise, un comportement comme le mien, est, j'ose le mot, des plus citoyens ? Car oui, en achetant ce cardigan American Apparel, « vertically integrated manufacturing », c'est à dire fabriqué à L.A. , je donne du travail à une couturière américaine de Californie, ainsi qu'au designer, au webmaster du site, à l'employé du service expédition et enfin à UPS à Düsseldorf et à Saint Brice Courcelles, petite ville de l'agglomération rémoise, où, ce matin même, j'ai perdu 45 minutes de mon temps au volant de mon antique auto à trouver un entrepôt UPS. Car, forte de mes années d'étude (d'ennui ? De contemplation d'un professeur d'économie diablement sexy en costume Hugo Boss ? De rêveries ? De blagues vaseuses sur la sexualité de John Maynard Keynes et d'Adam Smith ? ) j'ai bien fini par retenir que le principal moteur de la croissance était la consommation.
Si je l'ai si bien retenu, si cela c'est inscrit dans mon subconscient, c'est probablement parce que ce fait économique allait devenir
ad vitam eternam l'alibi qui justifierait toutes mes frénésies dépensières. Et que oui, madame la banquière, en faisant cet achat, je fait un acte citoyen, car en temps de crise, consommer c'est aider la machine économique à repartir ! Ben oui, quoi, la couturière californienne, elle aura peut-ête envie de s'acheter une Clio qui consomme peu, pour remplacer l'énorme break Ford avec lequel elle traverse la banlieue de L.A. tous les jours ! Là, vous allez me répondre que la couturière d'American Apparel est probablement hispanique (on est en Californie) et mal payée (ben oui on est dans la confection, ça paye mal). Ok, mon analyse économique a ses limites. Il n'empêche que je consomme mes maigres revenus de stagiaires jusqu'au trognon, et rien que pour ça, on devrait me remettre une médaille pour services rendus à l'économie mondiale ! La légion d'honneur aux accros du shopping, où quand le futile est érigé en acte citoyen.  

Et parce qu'on est tous accro à quelque chose, comme nous le chante joyeusement Lily Allen

    

 

Par Mamzelle C - Publié dans : Juin 2009
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