C'est un fait médiatiquement avéré, et slate.fr publiait même un article à ce sujet cette semaine : le poil est de retour. Et qui dit poil dit, corollaire évident, virilité. Car oui, nous ne parlons pas de poils aux jambes ou sur les aisselles, fléaux bien connus de la gente féminine, et qui génèrent chaque année des millions de dollars de chiffres d'affaire en cire, crème dépilatoire et autres inventions farfelues du type lumière pulsée, censée griller le poil à la racine (je me demande si exposer mes mollets à un hallogène pendant suffisamment longtemps pourrait avoir le même résultat grauitement), mais bien du poil de barbe, celui de torse, voire le poil de fesses, attributs spécifiquement masculins. Bref, ce que nous annonçait cet article sobrement intitulé "le retour du poil" c'était, ni plus ni moins le retour tant attendu de la virilité vraie.
Malgré toute l'allégresse qu'a soulevée dans mon coeur cette bonne nouvelle, je suis restée sceptique. Et hier, dans un grand élan de n'importe quoi, j'ai traîné ma carcasse jusqu'à l'UGC le plus proche (en l'occurence, celui de la Défense, d'où l'incongruité de l'idée), pour aller voir le nouveau Robin des Bois. Il faut savoir que dans mon coeur comme dans mon esprit, Robin des Bois est à jamais un renard avec des collants verts, et pas cette couille molle de Kevin Costner, mais que j'étais néanmoins très excitée à l'idée de voir Russel "Gladiator" Crowe enfiler les collants verts pour Ridley Scott (mes goûts cinématographiques sont déplorables, je sais, et j'y travaille beaucoup). Tellement excitée que la première fois que j'ai vu la bande-annonce, j'ai poussé des petits cris dans le cinéma, collant une honte profonde à ma colocataire qui m'accompagnait, la convaincant ainsi de ma débilité profonde. J'arrête ici les mauvaises langues : la perspective de voir Russel Crowe en Robin des Bois, auréolé dans mon esprit de toute l'über-sexyness qu'il avait développé dans Gladiator, n'était pas la raison principale qui m'a poussée à me rendre dans un cinéma bondé un samedi après-midi, j'aime aussi particulièrement Ridley Scott, et à peu près tout ce qu'il a pu produire depuis le début de sa carrière (à part GI Jane). Mais, en sortant du cinéma, ce qui m'a le plus marqué, c'est l'over-virilité dudit Russel Crowe, qui m'a littéralement achevée avec son "I love you, Marianne" prononcé avec un accent irlandais digne du plus magnifique pilier de pub.
Et là, je me suis demandé pourquoi je devenais toute chose devant un tel débordement de virilité, moi qui, dans mes années d'adolescence les plus ingrates (nb : quand je me demandais encore comment ça faisait de rouler un patin) fantasmait sur Jude Law, jusqu'à louer, un mercredi de profond ennui, La sagesse des crocodiles au videoclub, film qui n'a probablement été vu que par moi et les critiques des Cahiers du Cinéma. A l'époque, comme aujourd'hui d'ailleurs, le Jude en question ne suintait pas la virilité, en tout cas sûrement pas celle d'un homme des bois crasseux et plus tout jeune (pardon Russel, mais tu pourrais être mon père). La réponse pourrait être simple, on pourrait arguer du fait que depuis, j'ai appris comment rouler un patin, et que j'ai compris, disons, certaines choses de la vie, qui me font préférer les hommes, les vrais, en tout cas ceux avec des poils. Oui, cela pourrait être une explication plus que plausible, sauf qu'en fait non.
Ainsi, dans les années 1990, quand j'étais une ado pré-pubère, j'aimais Tom Cruise (période Cocktail et Top Gun), les Hanson (à peu près aussi peu pubère que moi), et Ricky Martin (même si à l'époque, et probablement avant que lui-même ne s'en rende compte, j'étais convaincue qu'il était gay). Plus tard, au début des années 2000, j'ai aimé Jude Law, Brad Pitt (période Rencontre avec Joe Black, donc en mode gendre idéal glabre), et la cohorte des minets rockeurs (oui, tous ceux qui ne pourront pas engendrer de descendance, rapport aux slims trop étroits). Et, devenue grande, et abordant les rives de l'âge adulte (avec un vrai job, et éventuellement, un jour, des relations constructives et fonctionnelles avec l'autre sexe), je me suis mise à aimer d'amour des acteurs comme Russel Crowe, son ersatz Gerard Butler, et à aller voir des groupes comme Wolfmother, où le public est composé à 80% de mecs portant des t-shirts infâmes de marques de bière ou glorifiant Linux.
Parce que nous enseignent aussi bien le retour du poil que ma nouvelle passion pour les gladiateurs crasseux et virils, c'est sans doute le besoin profond d'un retour aux fondamentaux (attention, à partir de là, je vais me lancer dans une analyse extrêmement hasardeuse du phénomène du retour de la virilité, et de son corollaire le poil). Parce qu'à l'apathie des années 1990 et début 2000 (apathie = mecs sans poils) a succédé une ère de doute profond (la crise financière aura-t-elle une fin ? Trouverais un job avec mon bac + 14 ? Dois-je nécessairement m'inscrire sur Meetic parce que j'ai fait le tour de ma bande de potes, et des potes de potes et que je suis toujours désespérément seule ? Faut-il encore porter un jean slim ? Beyonce est-elle affreusement mainstream ou une héritière scandaleusement géniale de la Motown ? etc...), et généré un besoin constant d'être rassuré. Le problème étant, qu'à 25 ans, on ne fait plus de câlins à son papa ou à son ours en peluche quand tout va mal, et que même, le "tout va mal" en question ne se résume plus à des histoires de cours de récré, mais à l'horrible questionnement lancinant qui taraude nos esprits. Et que ce qui s'approche le plus du Teddy Bear en version humaine reste l'homme avec des poils. Auquel s'ajoute la conviction que si une apocalypse nucléaire devait s'abattre sur la Terre, un Russel Crowe pourrait nous faire subsister dans une cabane au fond des bois, en tuant des cerfs à mains nues s'il le faut (je vais m'arrêter là, je voudrais éviter de déraper dans des fantasmes malsains avec des chasseurs virils en chemise de flanelle à carreaux).
En attendant de jouer à Maid Marianne et à Robin Hood avec un poilu de votre choix, je vous conseille vivement de suivre le lapin blanc dans son terrier. Moi, je le suivrai le 25 mai au Point Ephémère en tous les cas, j'espère y fêter mon non-anniversaire avec le chapelier toqué (et là je sors, la blague a assez duré)